VZW The Golden Falcon ASBL

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Messerschmitt bf 109

Ce récit est extrait de Vers l'Avenir du 17 sep 2002

Le dernier pilote de chasse allemand porté disparu lors de la « campagne de mai 1940 » est retrouvé le 15 septembre 2002 à Leuze (Namur)

Les faits

Le 15 septembre 2002, un petit groupe de passionnés d'archéologie aéronautique met au jour les restes d'un rare Messerschmitt Bf 109 E-1 abattu le 13 mai 1940 en combat aérien. Dans l'épave de l'avion, les chercheurs retrouvent la dépouille d'un aviateur allemand qu'ils identifient. Le Leutnant (sous-lieutenant) Adolf von BOESELAGER, pilote porté disparu depuis 62 ans, pourra enfin reposer en paix.

 Historique

 Né le 24 juillet 1917 au château de Burg Peppenhoven (près de Rheinbach), le baron (Freiherr) Adolf von BOESELAGER se destine à une carrière d'officier dans la Luftwaffe renaissante. Issu d'une famille aristocratique rhénane de tradition militaire, il s'engage dans la Luftwaffe avec la ferme intention de devenir pilote de chasse.

 Démontrant de réelles aptitudes au pilotage, il sert d'abord comme instructeur à la JagdfliegerSchule 1 avant-guerre. Il participe à la campagne de Pologne à l'issue de laquelle il est décoré de la Croix de Fer de Seconde Classe. Peu avant la « Westfeldzug » (campagne à l'Ouest), il manifeste son désir de combattre et rejoint la lere Staffel de la Jagdgeschwader 2l.

Au cours de sa brève carrière, il aurait revendiqué une première (et vraisemblablement dernière) victoire aérienne au dépens d'un Hurricane britannique le 12 mai 1940 à 10h05 près de Bruxelles.

Le 13 mai 1940, lundi de Pentecôte, Adolf von BOESELAGER décolle vers 6h30 (heure allemande) de Gladbach avec ses équipiers : ils ont pour mission de patrouiller entre Louvain et Namur. La quinzaine de Messerschmitt attaque une formation de 9 Morane-Saulnier 406 français au-dessus de la région namuroise. Si les Allemands revendiquent 3 victoires (deux Morane endommagés se posent sur le ventre près de Spy), on déplore la perte du sous-lieutenant von BOESELAGER de retour de mission.

Il est victime des tirs rapprochés de l'adjudant LENIAUD et du sergent DEVIN, pilotes de Morane appartenant au II/6. Marcel LENIAUD a décrit son combat :

« Ma patrouille était haute dans le dispositif. En arrivant sur Namur, une patrouille prend en chasse un Heinkel et, au même moment, nous sommes attaqués par quinze Messerschmitt 109. Nous acceptons le combat qui dure une dizaine de minutes puis les Messerschmitt 109 regagnent leur terrain (...). Au cours du combat, un Messerschmitt 109 attaque le lieutenant VIE et passe juste devant moi, je le prends en chasse et me mets dans sa queue, je le tire de très près, le sergent DEVIN tire également sur lui, nous le voyons s'écraser en flammes au Nord de Namur à 5.40 (un sûr homologué). »

(source : Les victoires de l'Aviation de chasse française. Arnaud Gillet 2003).

Unis par une destinée tragique, Marcel LENIAUD est quant à lui abattu en combat dès le 14 mai. Il saute de son avion en flammes mais s'écrase au sol près de Saint-Ghislain, son parachute ne se déployant pas.

La découverte

Le Messerschmitt percute le sol avec une violence inouïe, avec à son bord l'infortuné pilote, peut-être déjà mort aux commandes.

Nous en ignorons la raison mais les troupes allemandes n'ont, semble-t-il, jamais entrepris d'exhumer l'épave.

Porté disparu, le sous-lieutenant von BOESELAGER est déclaré mort par une décision de justice en 1953.

Ses parents, malgré de nombreuses démarches, ont vécu dans l'espoir d'en apprendre plus sur les circonstances de sa disparition, et ce, jusqu'à leur mort.

La   fouille   de   l'épave,   réalisée   avec   compétence,   a  permis   d'identifier formellement l'aviateur en septembre 2002.

Ce projet a été rendu possible grâce à la totale collaboration de Mr Victor DEJARDIN (propriétaire de la prairie d'où fut extrait l'avion) et de son fils Vicky qui, manipulant avec dextérité son excavatrice, récupéra le moteur enfoui à plus de quatre mètres de rofondeur.

La famille von BOESELAGER est contactée et avertie de l'exhumation de leur proche. Elle souhaite rapatrier la dépouille afin de procéder à l'inhumation officielle de l'aviateur.

Depuis le 6 décembre 2002, Adolf von BOESELAGER repose dans une paisible clairière au château familial de Burg Peppenhoven.

L'auteur tient à remercier :

-        la famille DEJARDIN

-        la famille von BOESELAGER

-        les chercheurs et bénévoles impliqués dans le projet

-        le Ministère de l'Intérieur

-        le staff du Musée de Beauvechain pour la mise en valeur du moteur.

Le saviez-vous ?

Deux cousins (germains) d'Adolf von BOESELAGER se sont distingués durant la guerre : Georg von BOESELAGER et son frère Philipp servirent en qualité d'officiers de cavalerie. Georg, né en 1915, devient un des plus jeunes commandants de régiment de la Wehrmacht. Avec son frère, ils participent à un projet d'attentat contre Hitler dès mars 1943. L'attentat manqué de juillet 1944 contraint Georg von BOESELAGER à retourner sur le front russe où il combat jusqu'à sa mort survenue le 27 août 1944. A titre posthume, il reçoit les épées de Chevalier de la Croix de Fer. La caserne de Munster s'honore de son nom.

 

Philipp von BOESELAGER (né en 1917) survit à la guerre et participe aux diverses commémorations en 2004.

 

En mai 1940, le Messerschmitt Bf 109 E, surnommé 'Emil ', est un des meilleurs chasseurs au monde. Equipé d'un moteur Daimler-Benz DB 601 fiable et puissant, il surclasse ses concurrents français (Morane-Saulnier 406, Bloch 152, Curtiss H-75) et britannique (Hurricané). Seuls les Dewoitine 520 et Supermarine Spitfire ont des performances semblables.

 

Premier chasseur équipé d'une pompe à injection directe Bosch, le Bf 109 E-1 peut supporter des g négatifs (lors d'un piqué brutal p.ex.) sans que son moteur ne coupe. Ce dispositif, révolutionnaire pour l'époque, permet une gestion rationnelle de l'alimentation en carburant du moteur. Avantage technique rimant avec avantage tactique, face à des chasseurs équipés de moteurs à carburateur (ex : moteurs Rolls-Royce des Hurricane et Spitfire), la manœuvre favorite des aviateurs allemands est le piqué, pour engager ou rompre le combat.

 

Le Messerschmitt de Leuze (Werke Nummer 3479) est un des rares exemplaires perdus en combat au cours de l'Invasion de la Belgique. Entre le 10 mai et le 28 mai 1940, une petite dizaine de pilotes de Bf 109 sont tués en combat ; preuve incontestable de la supériorité aérienne allemande en mai '40.

 

Nicolas CLINAZ se passionne pour l'histoire de l'aviation et recherche des témoignages, des photos, des objets se rapportant à des chutes d'avions durant la Seconde Guerre mondiale en Belgique. N'hésitez pas à le contacter.